Extraits d'un autre livre, ce matin : Martin cet
Extraits d'un autre livre, ce matin : Martin cet été, de Bernard Chambaz. Sujet lourd (la perte d'un enfant), mais magnifique livre. Des propos très justes, des mots que j'aurais aimé mettre, moi aussi, sur ma douleur, mais je n'ai pas ce talent. J'aimerais partager des dizaines de passages avec vous, mais...
Il n'y a pas de pire peine. Il n'y a pas pire. Mais il y a des facettes infinies du pire. La peine s'incruste, s'insinue. Elle s'écoule, se diffuse dans tous les plis du corps et de l'âme. Le temps n'y peut rien, au contraire. Futur oblitéré, passé recouvert de sombres dépôts. Elle irradie, comme un soleil noir qui brûle tout ce qu'il touche.
[...]
L'avenir tentait une percée : il avait la forme d'un voilier, d'un vent modéré et d'une ancre dans les mers chaudes. Mais le passé continuait en sous-main son travail de sape. Le moindre souvenir dévastait le fragile équilibre de l'avenir et des mots, faisant exploser des mines, en posait d'autres, à retardement.
[...]
Il faut continuer, même si l'horizon se rétrécit à ces bornes de ciel gris qui m'ont pétrifié l'âme, et maintenant c'est dur d'être doux, d'avoir la force de se laisser envahir par un sentiment de douceur, d'une douceur passagère qui ne soit pas une injure à ce sentiment compact du deuil qui boucle l'horizon.